Au bout du tunnel, la liberté !
Le vétéran Donarg Mâchefer et le conscrit Bramor Taillefer de la compagnie des nains ont réussi à s’enfuir de la prison des gobelins.
Avec leurs nouveaux amis – Gueulefrais, le maître mineur, Sandor, l’homme venu du nord, et les esclaves humains survivants –, ils ont trouvé refuge dans un petit village de montagnards.
Cependant, l’arrivée de Donarg, incapable de maîtriser ses accès de rage, trouble la tranquillité des habitants et ceux-ci ont vite fait de voir en lui un porte-malheur.
Et si les derniers événements survenus leur donnaient raison ?
Le porte-malheur est le sixième livre de la série Les héros de la cité-mine du Rakdur qui relate les aventures et les exploits de ses habitants. Le récit est accompagné d’une trentaine d’images en noir et blanc.
Caractéristiques
Date de parution : le 01/09/2025
ISBN (version brochée) : 979-8294285418
Collection : Les héros de la cité-mine du Rakdur
Genre : médiéval fantastique
Caractéristiques : 157 pages, dont 30 illustrées
Dimensions du produit : 15,2 x 0,7 x 22,9 cm
Public : non adapté aux jeunes enfants
Disponibilité(s) : format kindle, édition broché
Extrait gratuit : sur Amazon.fr
Prix : 2.99€TTC kindle, 23 € TTC Broché France
Vous pouvez commander ce livre en exclusivité sur *
* Liens partenaires. En tant que Partenaire d’Amazon, je suis rémunéré pour les achats éligibles.
Cliquez sur l’une des images suivantes pour découvrir les autres tomes présentés du plus récent au plus ancien :
Je vous propose de découvrir le premier chapitre du livre :
Chapitre 1 – Un refuge pour la nuit
— Hey, réveille-toi !
Donarg se sentit secoué par une main vigoureuse, tandis que les sons lui arrivaient comme étouffés. Il ouvrit les paupières, mais gêné par la forte luminosité ambiante, il les referma aussitôt. Néanmoins, le nain persévéra et la réverbération des rayons du soleil sur la neige lui agressa les rétines. Son regard s’embua. En effet, sa vision était bloquée en infravision. Cette faculté, propre à son espèce, lui permettait d’évoluer avec aisance dans l’obscurité des tunnels, mais devenait un inconvénient à la lumière du jour. Normalement, ses yeux s’ajustaient rapidement. Cependant, ces dernières semaines passées en détention chez les gobelins semblaient rendre à présent l’opération difficile. Aussi plissa-t-il les paupières et leva-t-il un bras en protection devant son visage jusqu’à ce que sa vue s’adaptât.
Une image se forma sur ses rétines douloureuses, d’abord floue, puis de plus en plus nette. Penché au-dessus de lui, il reconnut Gueulefrais, le maître mineur. Il voyait les lèvres de son compagnon bouger, mais ses paroles restaient à peine audibles. Le vieux nain – amputé d’une main et de ses deux pieds – était attaché contre le torse de Sandor, un colosse humain. Ce dernier avait eu la langue sectionnée par des gobelins. Les deux amis handicapés avaient conservé leur bandeau devant leurs yeux. Sage précaution, songea Donarg, car le duo inséparable avait passé plusieurs années en captivité sous terre et aurait besoin de temps avant de supporter à nouveau la lumière du soleil.
Sandor aida Donarg à s’extraire de la neige et à se remettre debout. Le vétéran avait la sensation que ses oreilles étaient comme bouchées, puis un sifflement résonna dans sa tête. Lorsqu’il se tut, il récupéra brutalement l’audition et les sons lui arrivèrent douloureusement.
— C’est fini, camarade ! criait le vieux nain. Nous sommes libres ! Tu m’entends ? Nous nous en sommes sortis ! Ce fut un sacré vol plané ! Pardi ! Je savais bien que l’hiver était la saison idéale pour nous évader. Il n’y a pas mieux que la neige pour amortir une chute ! De même, je suis bien content d’avoir autant insisté pour que mon fiston m’attache contre son ventre. Car moi, un saut comme cela, avec mes guibolles raccourcies, c’était un truc à me rompre le cou ! Alors que lui, son agilité ferait pâlir de jalousie une panthère, si elle en était capable naturellement. Il n’y a pas à dire, j’adore quand un plan se déroule sans accroc !
Donarg sourit intérieurement en écoutant le vieux maître mineur déformer la réalité à son avantage, mais s’abstint de le contredire. Au lieu de cela, il regarda le passage par lequel ses compagnons et lui s’étaient enfuis de la montagne. Un amoncellement de pierres l’obstruait dorénavant.
— Je doute que les gobs puissent nous suivre maintenant, répondit le vétéran.
— Pour sûr, je n’aurais pu espérer mieux comme plan ! confirma Gueulefrais.
Donarg entendit un gémissement et reconnut la voix de Bramor. Il chercha des yeux son ami et le trouva étendu dans la neige. Il s’approcha du jeune nain et lui tendit une main pour l’aider à se redresser. Celui-ci voulut la saisir, mais arrêta son geste, le visage déformé par la douleur.
— C’est ta blessure ? demanda le vétéran. Ne force pas trop. Tu n’es pas encore rétabli.
Bramor acquiesça et leva en conséquence son bras gauche que Donarg attrapa aussitôt.
— Par la barbe de ma mère ! s’exclama Bramor une fois debout. Que s’est-il passé ? Le bruit bourdonne toujours dans ma tête. J’en ai mal aux oreilles. D’où vient cette explosion ?
— Cela ne peut être que l’œuvre de votre camarade Durnain, répondit Gueulefrais. Nous lui devons une fière chandelle. Je ne sais pas comment il s’y est pris pour aboutir à ce résultat, mais une chose est sûre, il a mis un sacré bazar dans la montagne. Lorsque j’ai sondé la roche avant de vous dire de courir, j’ai senti que la structure des galeries avait changé et qu’une vague de feu déferlait dans les tunnels. Sans nos vêtements en durofeu, jamais nous n’aurions pu nous en sortir vivants. C’est vraiment une chance que je les aie trouvés. Sandor ne peut pas en dire autant, ajouta le maître mineur. Le souffle ardent lui a léché tout le dos. Heureusement qu’il a atterri dans la neige, le froid a évité que les brûlures ne soient trop graves.
Donarg regarda le visage impassible du colosse, si celui-ci souffrait, il n’en montrait rien. De leur côté, les humains n’avaient pas perdu de temps et s’étaient rassemblés. Si dans les galeries, ils faisaient peine à voir, à l’air libre et en plein jour, leur état de cachexie était encore plus flagrant. Néanmoins, cela ne les empêchait pas de sourire, heureux d’avoir retrouvé leur liberté. Comme Gueulefrais et Sandor, ils avaient conservé leur bandeau devant leurs yeux pour se préserver des rayons du soleil.
— Quel est ton plan pour la suite ? demanda Donarg à Gueulefrais au bout d’un moment.
— Avant tout, camarade, trouver de quoi nous abriter, répondit le vieux maître mineur. Nos vêtements en durofeu nous protègent du froid, mais ils ne sont pas imperméables. Une fois trempés, nous allons geler jusqu’à l’os. Comme je n’ai plus d’orteil, je ne crains pas les engelures, mais vous, si. Les gobs menaient régulièrement des rapts dans les villages montagnards ; nous devrions sans doute trouver des habitations dans les environs.
Il s’adressa alors aux humains qu’il considérait comme ses enfants :
— Je me doute que ce n’est pas facile après toutes ces années et du fait de vos yeux bandés, mais est-ce que l’un d’entre vous sait où nous avons atterri après notre vol plané ?
— Moi, Papa !
Rick s’approcha d’eux. Donarg songea que cet humain décharné possédait un charisme indéniable et aurait pu être un meneur d’hommes, si le sort n’avait pas décidé d’en faire un esclave.
— Je crois reconnaître la région, Papa, poursuivit Rick. Quand j’étais enfant, j’y amenais pâturer mes moutons. Les gobs m’ont capturé pas très loin d’ici. Je pense savoir où nous pourrons trouver un endroit où nous reposer. Suivez-moi, je suis sûr de pouvoir retrouver notre bergerie.
§§§
Rick prit la tête du groupe. Cependant, éprouvés par les derniers événements, les humains cheminaient lentement. Ils se recroquevillaient pour lutter contre le vent glacial et la neige qui tombait. Seul, Sandor semblait ne pas souffrir des conditions climatiques, mais Donarg se rappela que son ami possédait une corne magique qui le rendait insensible au froid. Quand avancer devint trop difficile pour certains, le colosse porta les plus fatigués, à tour de rôle, afin qu’ils puissent se reposer, tandis que les nains soutenaient les autres, en leur offrant une solide épaule pour s’appuyer.
Malgré toutes ces années d’esclavage, Rick réussit à retrouver la bergerie de son enfance. Les compagnons y arrivèrent avant la nuit tombée. Heureusement, car sinon dans l’obscurité, ils auraient pu passer à côté sans l’apercevoir. En effet, une épaisse couche de neige la dissimulait en partie à la vue.
Le bâtiment, en forme de dôme, était construit avec des pierres brutes de toute taille, empilées les unes sur les autres sans aucun mortier. L’intérieur comportait une unique pièce. Rick leur expliqua que cette habitation sommaire était bien pratique. En effet, en plus de fournir un abri en cas d’intempéries, la promiscuité des humains et des animaux facilitait la surveillance du troupeau et permettait, dans le même temps, de bénéficier de la chaleur corporelle dégagée par les bêtes.
Les fugitifs s’entassèrent dans le gite vide et improvisèrent un repas avec les restes des poissons aveugles pêchés dans les galeries de la mine des gobelins. Bien que frugal, ils apprécièrent ce repas de la libération. Gueulefrais voulut en profiter pour fumer la pipe, mais découvrit qu’il l’avait perdue durant leur fuite. Il pesta entre ses dents et reprocha à Sandor de ne pas avoir fait attention à ses affaires.
Les discussions ne s’éternisèrent pas. En effet, la fatigue terrassa humains et nains qui s’endormirent serrés les uns contre les autres pour lutter contre le froid de la nuit d’hiver. Seul Donarg resta éveillé. Son esprit en proie à mille souvenirs et le souci de la sécurité de ses compagnons l’empêchaient de sombrer dans le sommeil. En effet, même si les gobelins ne semblaient plus être en mesure de les menacer, il ne connaissait pas la région et peut-être abritait-elle des créatures dangereuses ?
Le gite étant dépourvu de fenêtres, tout ennemi serait obligé de se présenter à la porte. Aussi s’était-il assis devant celle-ci, sa hache posée entre ses jambes. Le nain songea que cet assemblage grossier de planches disjointes ne résisterait pas longtemps en cas d’assaut. Heureusement, l’ouverture étroite interdirait à deux assaillants de la franchir de front et désavantagerait les créatures de grande taille, comme les ogres, ce qui le rassura un peu. D’ailleurs, Sandor avait presque dû se plier en deux pour entrer dans la bergerie. Gueulefrais, attaché sur son torse, s’était alors plaint de ne plus pouvoir respirer : « Je vais mourir étouffé ! » Donarg se souvint lui avoir répliqué que s’il pouvait toujours parler, c’est qu’il devait y avoir encore assez d’air qui passait par sa bouche.
Le nain leva les yeux et examina le plafond. Il constata qu’aucune charpente en bois ne soutenait la voûte de pierres sèches. Il songea que c’était bien une architecture de « longues jambes ». Fragile et vétuste, le toit pourrait constituer la principale menace. En effet, l’ensemble de la structure pourrait bien s’effondrer sous le poids de la neige. Sans autre sortie de secours que cette étroite porte, l’abri se transformerait alors en piège mortel. C’est à cet instant que le vétéran se rendit compte de la futilité de vouloir à tout prix surveiller l’entrée du bâtiment.
Pendant plus de dix ans, Donarg n’avait vécu que pour se battre. En effet, après la Cérémonie de l’Oubli, trouver une fin digne et honorable, au décours d’un combat contre l’un des nombreux ennemis de son peuple, était devenu sa seule raison d’exister. Il n’avait pas de temps à perdre à élaborer des stratégies et, de toute façon, ce n’était pas ce que l’on attendait de lui dans l’armée. Il laissait cela aux autres, comme au capitaine Bartan ou à son ami, l’apothiguerre Nogar.
Cependant, depuis qu’il avait recouvré la mémoire, les choses avaient changé, car il avait retrouvé, dans le même temps, son sens du devoir. Aussi avait-il décidé de faire sienne la promesse de Nogar, le prêtre-guerrier, de ramener sain et sauf, Bramor, auprès de son père. De même, le vétéran se sentait responsable de son compatriote Gueulefrais et des humains libérés.
Durant un court instant, Donarg regretta l’époque où il souffrait d’amnésie. En effet, il pensait sans cesse à sa femme, Isisgard, et le poids de la culpabilité de ne pas être arrivé à temps pour la sauver l’accablait. Cependant, il se reprit et jura que dorénavant jamais plus il ne fuirait son passé. Les heures s’écoulèrent et malgré sa volonté, la fatigue eut raison de lui. Le nain finit par s’endormir.






























































































